Posted by Mickaël BERTRAND in Uncategorized ≈ Poster un commentaire. Le projet de « démocratisation », visant à éduquer des Japonais conçus par l’occupant comme prédisposés à la soumission au pouvoir impérial, avait été la priorité des premières années (ce qui avait profité à l’historiographie marxiste), mais il fait place au tournant des années 1950 à une lutte contre l’influence du communisme au Japon. Après une longue période de retrait au lendemain de la guerre, cet article marque pour Kamei une véritable résurrection dans le milieu intellectuel japonais, cette fois-ci sous les couleurs d’un humanisme démocrate. 20A aucun moment, Kamei n’abordela validité des sources utilisées par les auteurs, ou l’analyse qu’ils en font. Le 2 septembre 1945, la reddition officielle du Japon était signée sur le cuirassé Missouri ancré dans la baie de Tōkyō, et le général MacArthur prenait le titre de commandant suprême des puissances alliées, au sein desquelles les États-Unis, en tant que puissance occupante, exerceront une autorité sans partage. Il est ainsi devenu dans les années 1930 une des figures de proue du romantisme japonais, qui s’est évertué à justifier les conquêtes de l’empire du Japon au nom d’un esthétisme morbide18. Kamei se fonde sur ce constat,pour discréditer le travail de l’ensemble des historiens de son époque. La seconde raison est le prestige idéologique du communisme au lendemain de la guerre. Selon lui, la méthode par trop scientifique de l’ouvrage empêche de saisir toute une dimension humaine, la multiplicité des expériences et des mémoires individuelles. Senkyûhyakugojû nendai ni okeru shigakushiteki bunmyaku no saiteii » (La naissance de l’Histoire de Shôwa ; reconfiguration du contexte historiographique des années 1950), in Ôkado Masakatsu, Showashi ronsô wo tou – rekishi wo kijutsu suru koto no kanôsei (Le débat surL’histoire de Showa en question - de la possibilité de la description historique), Nihon keizai hyôronsha, 2006. Pour la première fois, une sanction judiciaire internationale des crimes contre la paix, des crimes de guerre et de la nouvelle catégorie des crimes contre l'humanité e […] Avec la liberté de parole retrouvée depuis la fin de la guerre, et en marge du récit de la guerre imprimé par l’occupant américain via le procès de Tôkyô, le milieu des historiens japonais entame un intense travail de réflexion sur l’histoire récente de leur pays. Kamei dénonce chez les auteurs de l’Histoire de Shôwa une vision orientée de l’histoire nationale, dont les présupposés sont particulièrement visibles à ses yeux avec le traitement réservé dans l’ouvrage au Parti communiste japonais (PCJ). Comment ces historiens ont-ils tenté d’analyser, d’historiciser la marche vers la guerre de leur pays ? 10 Nihon fashizumu no tokushoku (Les particularités du fascisme japonais), in Tôyama Shigeki, Fujiwara Akira, Imai Seiichi, Shôwashi (Histoire de Shôwa), nouvelle édition, Iwanami shinsho, 1959, p. 128. Le procès de Tokyo (2/2) de hilarion » 06 Jan 2007 - 10:41 dans : CENTRE DE DOCUMENTATION 0 Réponses 2227 Vus Dernier message de hilarion 06 Jan 2007 - 10:41; la rose de tokyo de warbird » 12 Nov 2004 - 17:36 dans : LA GUERRE EN ASIE ET DANS LE PACIFIQUE 3 Réponses 1544 Vus Dernier message de romualdtaillon 02 Oct 2006 - 22:35 1 Si le procès de Tôkyô se voulait un procès pour l’histoire, il peut sembler légitime de se demander la place qu’il a occupé pour les historiens japonais de l’après-guerre. Les auteurs présentent par conséquent le Parti communiste japonais et sa lutte contre la classe dirigeante, malgré l’illégalité dans laquelle il est cantonné depuis sa création en 1922, comme le principal défenseur de la démocratie et de la « nation » contre une classe au pouvoir toujours plus soudée derrière la défense des intérêts du capital. Les dirigeants japonais ayant fait ca [...], 1  C’est selon lui une autre raison qui empêche la dimension humaine d’émerger de ce récit historique. La grille d’analyse et les outils historiques du marxisme, dont les auteurs se réclament, imprègnent aussi bien l’ouvrage que le récit national qu’il tente d’imposer. Archives de Tag: Procès de Tokyo La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d’un nouvel ordre mondial. 15L’Histoire de Shôwa eut un impact très important sur son lectorat, et sur toute une génération d’étudiants japonais. ), qui avait été créé pour châtier les criminels de guerre nippons conformément au point no 10 de la Proclamation de Potsdam du 26 juillet 1945. 30Il faut aussi souligner le flou qui entoure le terme de nation, et pas seulement pour des questions de traduction (supra note 4), mais parce qu’elle est considérée comme le sujet de l’histoire nationale pour tous les participants au débat.  : […] Rapporté par Kei Sato. Comme outil d’analyse historique, il permet alors de lier les analyses politiques aux considérations socio-économiques en élargissant le champ d’investigation historique, et de renforcer la valeur scientifique des conclusions des historiens. Voir à ce sujet Ienaga Saburo, Japan’s Past, Japan’s Future : One Historian’s Odyssey, Lanham, Maryland : Rowman & Littlefield, 2001. Inversement, c’est la position de plus en plus monopolistique de ces conglomérats au sein du marché intérieur japonais qui leur ont permis d’imposer au reste de la classe dirigeante la poursuite de leurs intérêts. Procès de Tokyo: Mai 46-Novembre 48 Le tribunal militaire international pour l’extrême orient composé de 11 pays. Se plaçant d’un point de vue résolument littéraire, il reproche aux auteurs de n’avoir pas su transmettre la complexité psychologique des acteurs. L'expression commune « procès de Tōkyō » désigne le procès mené par le tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient (International Military Tribunal for Far East, I.M.T.F.E. Cela se traduit dans les faits par le phénomène dit des red purges, licenciements visant à expurger l’administration japonaise de supposés « communistes », par le rétablissement d’une armée avec la création des forces d’auto-défense, malgré la Constitution pacifiste adoptée par le pays en 1946, et enfin par la libération sur parole de plusieurs condamnés des procès de Tôkyô, qui pour certains réintègrent très vite des fonctions au plus haut niveau : c’est le cas par exemple de Mamoru Shigemitsu6 qui, libéré dès 1950, redevient quatre ans plus tard, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Ichirô Hatoyama. Le terme même de démocratisation est ici repris à leur compte par ces historiens, pour lui donner un sens plus radical que celui conçu par l’occupant américain. L’Histoire de Shôwa étend cette culpabilité dans le temps, en pointant la persistance des structures criminelles au sein de l’État japonais d’après-guerre. 18En cristallisant ainsi la vision des historiens marxistes, et plus largement du monde universitaire, de la marche vers la guerre, l’Histoire de Shôwa a concentré les critiques qu’une partie du monde intellectuel japonais pouvait concevoir à l’encontre du matérialisme historique alors triomphant. Si le verdict du procès de Nuremberg finit par s’imposer dans l’Allemagne de l’après-guerre, au Japon, en revanche, celui du procès de Tôkyô fut rejeté en bloc par une partie de la droite conservatrice qui le considérait comme injuste et arbitraire, et c’est la thèse du … Ce procès est intenté par le constructeur automobile Nissan, qui avait porté plainte en février dernier contre son ancien patron, afin de récupérer une … L'expression commune « procès de Tōkyō » désigne le procès mené par le tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient (International Military Tribunal for Far East, I.M.T.F.E. Il est alors perçu comme le principal élément de résistance au sein d’une société japonaise qui s’était laissée enfermer dans l’idéologie du « système impérial » durant les années qui ont précédé la guerre. La « voix des morts » de Kamei relève d’ailleurs du même oubli, puisqu’il évoque avant tout les morts japonais, sans considération par exemple pour les mobilisés et auxiliaires de l’armée impériale devenus depuis Coréens ou Taïwanais, les jeunes Coréens et Chinois forcés à un travail de bête dans les mines et usines japonaises, les cobayes humains des « expériences » chimiques de la brigade 731 en Chine, les « femmes de réconfort » de toute l’Asie qui n’ont pas survécu à la violence de l’esclavage sexuel, etc.24. Le procès de Tokyo. Hommage à Kasra Vafadari, Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales, Une mise en cause « littéraire » de l’, Une critique plus pertinente du peuple comme victime, licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International, Catalogue des 552 revues. Politiquement, ces mesures permettront aux partis les plus conservateurs de s’emparer du pouvoir avec la bénédiction américaine, alors même que ses leaders sont les plus proches des accusés jugés comme criminels de guerre par le procès de Tôkyô7. Mais il tombe encore plus lourdement dans ce travers puisqu’il semble recouvrir le problème de la responsabilité des crimes de guerre par celui de la guerre elle-même en tant qu’expérience traumatique, dont les Japonais deviennent par conséquent tous victimes, dirigeants compris. Shôwashi no hihan ni kanren shite » (Problème de la recherche en histoire contemporaine ; au sujet des critiques surl’Histoire de Shôwa), Chuô Kôron, juin 1956. Dans l’introduction de l’ouvrage, les auteurs se proposent de répondre à cette question : « Pourquoi nous, la nation, avons été entrainés, poussés dans cette guerre ? Les auteurs soulignent ainsi avec force les limites du procès de Tôkyô comme événement structurant de l’histoire nationale japonaise bien qu’il n’ait pas marqué le tournant recherché d’ancrer la démocratie dans le pays contre les forces résurgentes du fascisme. Formulée dans le contexte du retour au pouvoir des conservateurs, et de la remise en cause de la légitimité de l’histoire académique qui l’accompagne, cette critique permet d’apercevoir derrière le débat académique les enjeux politiques autour de l’écriture de l’histoire nationale dans le Japon de l’époque. La création du TMIEO n'est qu'une des pièces d'un ensemble plus vaste de mesures prises pour réprimer les crimes de guerre . 1. Il est pourtant difficile d’avaliser sérieusement un tel parallèle entre une histoire dont la rédaction était entièrement soumise au pouvoir de censure discrétionnaire de l’État, et forgée par ses intérêts sans soucis d’objectivité scientifique, et l’Histoire de Shôwa qui, quelles que fussent ses lacunes, avait tout de même le mérite de s’inscrire dans une exigence scientifique fondamentale, indépendamment de toute pression de l’État ou des acteurs politiques. « TŌKYŌ PROCÈS DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], Sur cette histoire, cf. Ils vont aussi apporter dans cette nouvelle édition un soin tout particulier à analyser le rôle des médias et des outils de propagande que le régime militariste a mis en branle pour rallier la partie la plus large de la nation à son projet militaire. Le procès de Takahiro Shiraishi, qui s'est ouvert devant un tribunal de Tokyo, fait sensation au Japon. Les auteurs ont cherché notamment à se substituer à la mission historique du procès de Tôkyô qu’ils estiment avoir été impunément avorté. Their intended goal was to exceed the limits of the Tokyo trial, and the threat those limits put, according to the authors, on the Japanese democracy. En complexifiant ainsi, en réponse aux critiques, le récit national élaboré dans la première édition, la conclusion de l’ouvrage gagne en légitimité. D e mai 1946 à novembre 1948, l e tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient composé de 11 pays vainqueurs mais largement dirigé par les Etats-Unis va traduire en justice les dignitaires impériaux japonais. Il estime qu’en accusant la classe dirigeante d’avoir entraîné le reste de la nation dans la guerre, les auteurs simplifient la réalité de l’époque en voulant diviser trop nettement coupables (la classe dirigeante) et victimes (le peuple, la nation). 10C’est dans ces circonstances qu’est publiée en 1955 l’Histoire de Shôwa. La troisième raison, et la plus importante pour la recherche historique, c’est l’importance du marxisme. Au Japon, des criminels de guerre de classe B (comme Soemu Toyoda) et C furent jugés à Tokyo et à Yokohama. Bien qu'un procès eut lieu (avec le Tribunal de Tokyo), le fait que certaines personnes ne furent pas poursuivies (comme l'Empereur et les membres de l'Unité 731) et que certains cas furent totalement occultés (comme les femmes de réconfort) fit que les Japonais sentirent que ces tribunaux ne cherchaient que des boucs émissaires. Le procès de Tokyo, film complet - Docudrama qui est d'ailleurs spécifiquement sur l'un des aspects de l'histoire du Japon moderne, un regard sur les procès de ceux qui ont subi les militaristes japonais accusés de meurtres de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. 23 Oguma Eiji, Nihonjin no kyôkai – okinawa, aïnu, taïwan, chôsen, shokuminchi shihai kara fukkiundô made (Les frontière des Japonais – Okinawa, Aïnous, Taïwan et la Corée, de la domination coloniale aux mouvements de retour au pays), Shinyôsha, 1998. Cette « priorite nationale » sera fortement critiquée par Takahashi Tetsuya. Lire la suite, Dans le chapitre «  De l'ordre interne à l'ordre international » Dans l’Histoire de Shôwa, le peuple est toujours présenté comme un acteur passif. En élargissant leur champ d’investigation, cet appareil méthodologique a permis aux historiens d’affermir d’autant leur analyse des causes et des responsabilités de la dérive militariste de l’Etat japonais. Le général Masaharu Honma, extradé aux Philippines, y fut également exécuté le 3 avril 1946. Rejetant toute valeur pédagogique à ces catégories, conçues comme des idéaux démocratiques, Kamei leur oppose l’individu comme seul échelon valide des sciences humaines, en plaçant littérature et histoire sur un même plan. Lire la suite, Dans le chapitre « L'ambition réformiste des forces d'occupation » ), qui avait été créé pour châtier les criminels de guerre nippons conformément au point no 10 de la Proclamation de Potsdam du 26 juillet 1945. Derrière cette critique, Kamei attaque là encore l’argument de base de l’Histoire de Shôwa, et son récit centré sur une nation entraînée contre son gré dans la guerre, et dont les aspirations furent exclusivement défendues par le PCJ.